Défendre une vision engagée de l'art et de l'artisanat

Dans ce deuxième volet du «carnet de bord d'une innovation urbaine», la coopérative Ressources Urbaines présente quelques associations installées au 3 Sentier des Saules et précise ainsi sa vision et le rôle qu'elle aimerait jouer dans la fabrique de la ville.

Depuis le démarrage de notre occupation temporaire du bâtiment du 3 Sentier des Saules en juin 2017, nous nous sommes aperçus qu'il existait un certain décalage entre nos intentions et la perception que la plupart avaient de notre coopérative. En effet, un bon nombre de personnes semblent parfois nous considérer uniquement comme une régie immobilière. Or, bien que notre vocation première soit de mettre à disposition des espaces de travail à des prix abordables, nous voulons faire plus que cela.

Depuis notre lancement, nous mettons un point d'honneur à défendre une vision socialement et écologiquement plus engagée de l'art, de l'artisanat et de la culture. Nous souhaitons également être ouverts sur la ville en proposant des événements publics tels que des conférences et des expositions, afin de faire connaître notre organisation et nos coopérateurs, mais aussi pour créer du dialogue et sensibiliser à la question de l'aménagement du territoire à Genève, ou plus généralement du vivre ensemble. 

C'est pour ces raisons que nous avons choisi, dans ce billet, de mettre en lumière plusieurs associations qui sont installées au 3 Sentier des Saules et dont les activités raisonnent directement avec ces aspirations.

Lire églament le premier volet de cette série: Carnet de bord d'une innovation urbaine

L'épicerie Le Nid, qui ouvrira ses portes au premier étage du bâtiment dans le courant du mois, a fait le pari du dialogue avec les producteurs locaux, de la distribution sans intermédiaires, du vrac sans emballages et surtout de la solidarité. Initié par un groupe d'amis, cette coopérative pratique le partage des tâches. Ici le client vient faire ses courses et donne chaque mois quelques heures de son temps au fonctionnement de l'échoppe, permettant de diminuer les prix de vente et de rétribuer correctement les paysans et les artisans. «Nous cherchons à réduire au maximum les charges», souligne Johan Zoller, responsable de la promotion. «Dans l’équipe, nous sommes tous bénévoles mais nous avons des boulots à côté. Nous venons aussi de soulever des fonds, grâce à une campagne de crowdfunding. Cela nous donne de la marge pour nous consacrer pleinement à la coopérative. A terme, nous prévoyons de dégager des salaires mais pour l'instant, notre but est de créer du lien social et de faire prendre conscience aux gens de leur consommation.» 

Partageant avec Le Nid le même désir de défendre les produits du terroir et d’impliquer sa clientèle, la brasserie Chien Bleu a pris ses quartiers dans les locaux souterrains des Saules, l’automne dernier, et y développe des bières du crû. Porteurs du projet, Julien Manetti et ses deux associés, Ati Mufwankolo et Nicolas Oggier, ont eu également recours au financement participatif. Ils savent que les jours dans le bâtiment sont comptés mais entendent bien en profiter jusqu'au bout. L'état d'esprit est le même pour Laurent Toplitsch, exploitant indépendant et fondateur des cinémas Zinema (Lausanne), Minimum (Neuchâtel) et Le Cinéma d'Oron (Oron), qui prévoit d'ouvrir au fond de la cour, une salle de projection sobrement baptisée Cinéma CDD. «C'est le premier nom qui nous est venu. Nous l'avons choisi parce que notre contrat ici est à durée déterminée» explique avec humour le locataire du lieu. «Etant en activité depuis longtemps, nous connaissons les procédures et avons déjà notre réseau de distribution de films bien en place en Romandie. Il ne manquait plus que Genève. La salle de cinéma est encore en préparation mais nous avançons très vite.» Là encore, l’installation de cette infrastructure fait appel au système D ainsi qu’à la mise en commun des ressources et des forces de travail. «Nous avons récupéré du matériel un peu partout. Le panneau à l'entrée par exemple, est une vieille enseigne de la chaîne de magasins Denner, que nous avons transformée. Nous essayons aussi de collaborer avec le plus de monde possible autour de nous.»

Artiste et menuisier de formation, Harold Bouvard fait justement partie des usagers du 3 Sentier des Saules parmi les plus souvent sollicité pour travailler sur les chantiers des uns ou des autres dans la maison. Son espace, Le Grand Atelier, également situé en sous-sol, est un centre de bricolage mutualisé, destiné à accueillir toute personne souhaitant obtenir des conseils, fabriquer ou restaurer des objets en utilisant des outils professionnels auxquels elle n'aurait autrement que difficilement accès. «Nous sommes dans l'air du temps.», pense Harold Bouvard, «Cependant, ce que nous proposons est encore loin des habitudes des gens. Nous espérons que le public suivra.»

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