Des Modernes dans les vignes

Editorial du numéro 18/2018

Dans le cadre du festival bisannuel Vevey Images, qui confronte l’art à l’environnement urbain et au paysage, l’association Villa «Le Lac» Le Corbusier a demandé à l’artiste autrichien Erwin Wurm de créer une installation dans la «petite maison» construite en 1923 à Corseau. Le visiteur est invité, par une instruction précise, à pénétrer un bras, un pied ou sa tête dans le trou découpé dans des répliques des tables, buffets et tabourets conçus par l’architecte. Corps et objet se confondent. Ensemble, ils deviennent une sculpture hybride.

Dans le même festival, Wurm dévoile une étonnante maison, tellement étroite que les visiteurs doivent se contorsionner pour en parcourir les couloirs. Dans ses «One Minute Sculptures», il questionne notre rapport aux objets du quotidien, en demandant littéralement à ses sujets de devenir des meubles. L’exercice permet aux visiteurs de ressentir, le temps d’une pause, le travail qu’exerce un objet, d’éprouver la condition de ces artefacts qui nous accompagnent au quotidien.

Ludique, loufoque, énigmatique, la démarche de Wurm nous rappelle toutefois combien nous construisons notre environnement en même temps que celui-ci nous construit. Dans le jardin de la villa «Le Lac», c’est bien le trou qui importe, celui percé dans le mur, et qui crée une relation entre sujet et paysage.

Les contributions de ce cahier abordent la modernité comme une recherche permanente (et non comme un patrimoine figé). Les objets dont il est question sont constamment réévalués, en particulier par le rapport au corps. C’est le cas de l’appartement-atelier de Le Corbusier, dans lequel celui-ci teste lui-même sa définition de la domesticité, fait grandir ses conceptions, comme un escargot sa coquille. C’est le cas d’Alberto Sartoris, qui emploie les couleurs, non pas pour elles-mêmes, mais bien pour modifier la perception d’un espace. C’est le cas, enfin, de la réalisation de Peter Märkli pour la cave Fin Bec, qui cale ses proportions à la mesure du corps, de l’œil, et du paysage avec lequel il compose.

Les vignobles vaudois et valaisans, avec leur parfum d’Arcadie, offrent un cadre idéal pour apprécier ces leçons simples.

Bonne lecture!

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