Des idées non primées pour la rade de Genève

Espazium.ch présente une sélection de projets non retenus lors du concours d’idées révélé au public au printemps dernier. Ces propositions, qui ne participeront pas au processus de sédimentation urbaine de la rade, devraient pouvoir toutefois et à long terme nourrir un débat diversifié sur l’avenir de cette rotule géographique.

En mai dernier, les résultats du concours d’idées pour la rade de Genève étaient dévoilés au public lors d’une présentation sur le quai du Mont-Blanc en présence des autorités publiques, du président du jury et des équipes lauréates. Après plusieurs mois de campagne et de couverture médiatique – et quelques années d’attente1– l’un des concours d’aménagement public majeurs de Suisse révélait son nouveau visage: «au ras de l’eau», une proposition d’aménagement imaginée par le bureau d’architecture Pierre-Alain Dupraz architecte, a séduit le jury par sa sobriété et son approche mesurée.

Depuis, ce qui se présentait comme un instrument de débat pour le réaménagement du cœur de Genève s’est transformé en un levier administratif pour l’activation de certains projets en file d’attente. Ainsi, initiés il y a quelques semaines les travaux pour la future plage des eaux-vives, le déménagement des entreprises nautiques au Vengeron ou encore la construction de la passerelle piétonne et cyclable du Mont-Blanc attendent patiemment leur tour, permettant de donner suite au concours d’idées de la rade. Un réaménagement intégral des quais qui fera l’objet de discussions d’un comité de pilotage créé tout récemment par la Ville de Genève en association avec le Canton.

La rade: un laboratoire d’acuponcture urbaine
«… La ville de Genève s'est construite autour du lac, du Rhône et de l'Arve. Aujourd'hui encore, l’agencement des places, rues, parcs et façades est déterminé par la présence de l'eau. La rade et les rives du Rhône sont des constructions artificielles et volontaires. Elles résultent de la nécessité de résister à la violence du lac et du vent, autant que de l'extension planifiée de la ville. Ce site est emblématique de Genève. Cependant les quais ont été altérés par des décennies d'interventions ponctuelles et désordonnées. Depuis 2001, la Ville s’emploie activement à revaloriser ce patrimoine historique, en l'adaptant à sa vocation de promenade et de loisirs…»

Ce texte d’introduction, affiché le 22 mai 2007 pour présenter l’exposition en plein air «Genève, ville d’eau» et organisée par la Ville sur le quai Wilson, reste aujourd’hui d’actualité. Cette exposition aménagée il y a dix ans présentait des projets tels que le passage flottant du Mont-Blanc, l’escalier des lavandières, le plan lumière, baby-plage, les différents débarcadères ou encore les pavillons-cafés créés ces dernières années autour de la rade. Un ensemble d’interventions ponctuelles primées dans les années 2000 avec le prix Wakker ou plus récemment en 2006 lors de la première Distinction Romande d’Architecture2.

Aujourd’hui, cette politique d’acuponcture urbaine soutenue dans le temps a transformé un défi territorial aussi ambitieux que celui de l’aménagement d’une rade urbaine en une course par étapes d’accumulation provisoire d’artifices. Un processus de sédimentation urbaine à même de remettre en question les intentions concrètes recherchées par le concours d’idées exposé au printemps dernier: s’agissait-il de proposer une nouvelle vision pour ce lieu de convergence ou simplement de réparer et d’embellir les altérations du passé? Y a-t-il une volonté pour reconfigurer certaines actions héritées d’autre temps ou plutôt de poursuivre des solutions de sauvegarde pour ce fragment de patrimoine public?

Les projets en cours de construction ou tout récemment construits, comme la passerelle en bois longeant la jetée du jet d’eau, participent activement à ce processus de réécriture palimpseste du territoire. Ces interventions, cohérentes avec les micro-contextes dans lesquels elles s’installent, semblent néanmoins déconnectées d’une vision d’ensemble pour le pourtour du lac et son environnement. Une vision d’ensemble qui paradoxalement est à l’origine de la création de la rade. Car c’est notamment grâce à la démolition de la couronne de fortification de la ville au milieu du 19e siècle et à la requalification des terrains militaires que naît l’idée d’une grande rade pour la ville3. Tout un défi justement dressé et relevé par ce concours d’idées et auquel devra répondre minutieusement ces prochaines années le projet lauréat soutenu par une politique urbaine stable.

Un inventaire d’idées pour un territoire inachevé
Tel que nous le présentions il y a quelques mois dans un article consacré aux projets primés, les quatre propositions retenues par le jury parmi les 70 projets rendus expose quatre attitudes urbaines manifestement contrastées. Toutefois, cette sélection fort réduite de projets n’illustre pas l’un des objectifs primaires du concours d’idées: celui d’aviver le débat et le dialogue autour de l’avenir du bassin lacustre genevois.

Au-delà de «l’embellissement» urbain privilégié dès la fin du 19e siècle ou les qualités architecturales des constructions «éphémères» du 20e siècle, le potentiel naturel et artificiel de cette rotule géographique reste une thématique contemporaine sous-évaluée. C’est pourquoi espazium.ch s’est penché sur les propositions non primées et non exposées4 afin d’élargir la discussion sur un environnement urbain aussi partagé que conflictuel.

Les projets présentés à continuation servent à illustrer et échanger publiquement sur différentes sensibilités urbaines formulées lors du concours international d’idées. Car si les autorités genevoises ont à juste titre choisi une procédure du type «concours d’idées», c’est bien dans l’intention de ne pas fermer le débat sur une proposition concrète mais d’ouvrir la discussion sur des visions différenciée capables de créer un véritable territoire de confluence. Un défi qui par-dessus tout intérêt public ou privé, politique ou syndical, historique ou visionnaire devrait permettre à la rade de tendre spontanément vers un nouveau statut: celui d’appartenir à soi-même.

> Découvrez les projets et les articles: DOSSIER RADE DE GENÈVE

Notes

En 2014 et également sous l’initiative de Guillaume Barazzone, actuel maire de Genève et à l’époque conseiller administratif de la ville, le conseil municipal refuse l’ouverture d’un crédit de 450'000 francs destiné à l’organisation d’un concours d’idées pour le réaménagement de la rade. Après une nouvelle tentative politique, le concours est enfin lancé le 8 novembre 2016.

2  Le prix Wakker a honoré la Ville de Genève en 2000 pour le projet « Le Fil du Rhône » et la revalorisation des espaces publics qui bordent le fleuve. Le passage flottant sous le pont du Mont-Blanc réalisé par le bureau genevois BMV architectes a reçu la distinction romande d’architecture en 2006. Voir document pdf en lien «Genève ville d’eau».

3  Voir document pdf en lien : La formation de la rade de Genève – Article Tracés 23-24/2010 par Bénédict Frommel.

Seuls les quatre projets lauréats ont été exposés publiquement du 9 mai au 28 juin 2017 sur les quais Gustave Ador, Général-Guisan et Wilson. L’ensemble des projets non primés pouvaient quant à eux se découvrir jusqu’au 19 mai 2017 dans la salle d’exposition du Forum Faubourg.

Découvrez les projets

# Une rade au rythme des saisons - Projet «CALENDRIER» - apes architectes sàrl, Lausanne

# Un nouvel espace public à l’échelle du Léman - Projet «FERDINAND» - Charlotte Truwant architect & Barbara Costa, Bâle

# Un nouveau quartier portuaire - Projet «RueS LACUSTRES» - Bach Mühle Fuchs Partnerinnen Gmbh, Zürich

# Le petit bassin comme grand espace de loisir - Projet «BRETERIND89» - LIST Architecture-Urbanisme, Paris

# Une infrastructure souterraine de condensation véhiculaire - Projet «UpgRade» - INGPHI SA, Lausanne

# Une petite Venise helvétique - Projet «PROCHAIN ARRÊT» - BALTIQUE SARL, Lausanne

# Un manifeste au narcissisme métropolitain genevois - Projet «IHAVEADREAM» – ARRABAL, Genève

# Pour une circonvallation piétonne de la rade - Projet «Enlacée» - M. de Radiguès & F. Springuel, Bruxelles

# Un téléphérique public - Projet «Rade au-dessus du sol» - APICOD, Chêne-Bourg

Articles en lien

# Dossier Rade de Genève - Articles & projets

pRADEmatique genevoise – Article Tracés 10/2017 par Cedric van der Poel & Yony Santos

Réinventer les quais – Article Espazium 11/2016 par Cedric van der Poel

Lettre ouverte à Guillaume Barazzone, Maire de Genève, ​à propos du concours d’idées pour l’aménagement de la rade

Concours d'idées de la rade: entretien avec Guillaume Barazzone, maire de Genève par Cedric van der Poel

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