Daniel Marco. Espace urbain et Société – Ecrits 1970-2009

L’association Daniel Marco pour une culture urbaine – ADM présente un ouvrage consacré aux nombreux thèmes abordés par l’auteur genevois. 

Née de la volonté de perpétuer les idées de Daniel Marco, une publication élaborée par l’association qui porte son nom et éditée par les Editions d’En Bas, rassemble pour la première fois l’œuvre écrite de cet architecte genevois aux multiples facettes. Divisé en six chapitres «Territoire et économie – Logement – Construction et Rénovation – Enseignement – Syndicat – Art et Culture», ce volume regroupe, à travers la compilation d’une centaine de notes, d’écrits et de brouillons, quarante ans de pensée active vouée à la rêverie de l’urbain.
Si les traces à l’encre de Chine du peintre et poète belge Henri Michaux (1899-1984) représentent aux yeux de l’artiste les mouvements agités d’un corps vivant, les paroles et les traits de Daniel Marco (1938-2009) pourraient bien retracer ces gestes dans un contexte présent; celui d’une société urbaine en perpétuelle construction. Cependant, à la différence de Michaux, les dessins et les écrits de Marco ne cherchent pas à explorer ce que l’artiste belge appelait «l’espace du dedans», mais plutôt à révéler les luttes et les conflits de ce qui pourrait s’identifier comme «l’espace du dehors».
Activiste et militant de l’urbain, cette figure éveillée et remuante s’est engagée tout au long de sa carrière dans une confrontation quotidienne aux questions politiques, culturelles, économiques et sociales du territoire genevois, helvétique et des régions frontalières. Architecte, mais aussi syndicaliste, enseignant, politicien, écrivain et peintre, chacune de ses facultés était un outil de compréhension d’une réalité incontestablement multiculturelle. La ville, dans tous ses états, était son champ d’observation par excellence. Le territoire, sans frontières, son terrain d’expérimentation vers de nouvelles hypothèses. Et, enfin, la société et chacun de ses individus, son levier idéologique de prédilection.
Plus que le territoire, l’enseignement était pour lui un facteur de communication transfrontalier capable d’ébranler et de briser l’ordre hégémonique et souvent oppressif imposé au corps vivant d’une société publiquement inégale. Par le biais d’une méthode de travail hétérogène et transversale, cet artiste syndicaliste cherchait en permanence à relier et articuler sur une même trame des terrains de lutte très distincts, toujours en faveur du bien commun et de l’intégration sociale. Son dernier texte, Le rapport territorial: essai de définition (2009), toujours fidèle à l’idéologie culturelle de l’urbain, en est un bon exemple. Comme si la ville avait voulu lui rendre hommage, une banderole anti-sécessionniste était fièrement suspendue à la façade d’une institution culturelle genevoise il y a quelques mois. D’une certaine façon, le slogan qu’elle affichait pourrait bien résumer le combat ferme et acharné que Marco menait face au protectionnisme politique et culturel national, toujours si actuel : « si vous trouvez que la culture coûte cher,essayez donc l’ignorance.»
Passionné et fasciné par la diversité et les différences, il est d’autant plus fascinant de sentir l’admiration et la portée de sa pensée sur plusieurs générations d’individus et de personnalités des milieux culturel et politique locaux. C’est pourquoi nous laissons aujourd’hui la parole aux auteurs de cette publication, qui, en reprenant les mots de Daniel Marco, représentent et synthétisent la pensée transculturelle de cet humaniste de l’urbain et fervent défenseur du droit à l’habiter (lire l'encadré ci-dessous)

Daniel Marco par Daniel Marco

Tout comme les croquis de Daniel Marco se voulaient d’être avec la réalité de l’urbain, nous avons demandé aux membres de son association d’esquisser, à travers une sélection de ses écrits, un portrait révélateur de ses multiples personnalités. Les citations ci-dessous ont été recueillies par l’association Daniel Marco pour une culture urbaine – ADM

«Il y a trois catégories d’artistes: les fondamentalistes, les opportunistes, les surfeurs.»
Classification établie en fonction de leurs œuvres, de leur apport personnel et de leur contribution spécifique à « l’évolution » de l’Art et de son histoire.  Ainsi, Daniel considérait Cézanne, Léger et Braque comme des fondamentalistes, Picasso comme un opportuniste.

«L’Art n’a pas d’existence propre, ce sont les artistes qui lui confèrent une existence.»
Athée, il avait néanmoins adopté ce précepte du Nouveau Testament, qu’il répétait très souvent :
«Qu’as-tu fait de tes talents?»
Il ne supportait pas de les galvauder et s’employait à les développer: à chaque jour son dessin, sa page d’écriture, sa page de lecture.

«La fidélité c’est se battre toujours avec la même femme.»
Daniel a vécu en couple 46 années avec la même épouse.

«Un ‘contreprojet d'architecture’ n'est pas une variante. Certes, c'est une critique qui vise une situation donnée ou trouvée, mais aussi un projet qui doit pouvoir exister de manière autonome.»
Projets et contreprojets à Genève, Architektur, 1990, p. 102

«Faire entrer, dans l’université, le chantier comme thème d’enseignement et de recherche, est aujourd’hui un enjeu important.»
Crise et formation des architectes – Quand le bâtiment va, tout va… Campus 1992, p.102

«Partisans et adversaires de la traversée partagent le même refus de la ville, la peur de la ville qui s'alimente au mythe de la ruralité helvétique. Ne pas prendre en compte le développement urbain inévitable induit par un pont, c'est ignorer la ville.»
Mythe passéiste. Domaine Public no 1251 du 28.03.96, p. 155, 

«Si Paris valait bien une messe, Genève vaut bien un pont.»
Mythe passéiste. Domaine Public no 1251 du 28.03.96, p. 155

«Aimer la ville, c'est mieux aimer la campagne.»
Le boulevard Helvétique Ch.2 en «Villes de crise ou crise des villes». Fonds national de la recherche scientifique, 2000-2003, p. 200

«Le logement social, réceptacle privilégié des biens de consommation dans la période du ‘Miracle helvétique’, devient donc aujourd’hui un dispositif de lutte pour l’intégration et contre l’exclusion.»
Le logement social. Nouveaux habitants - Nouvelles formes. Campus, 18 novembre 2001, p. 242 

«La ville possède, dès son origine, une fonction de libération «Stadtluft macht frei» (l’air de la ville rend libre), qui permet aux individus de s’affranchir du joug communautaire.»
Le logement social. Nouveaux habitants - Nouvelles formes. Campus, 18 novembre 2001, p. 242 

«…les communes françaises de la Haute-Savoie et de l’Ain et celles du canton de Vaud concernées par le vrai développement de Genève, un développement qui, comme le nuage de Tchernobyl, ne s’arrête pas aux frontières nationales et cantonales.»
Prise de position sur les logements sociaux pérennes : sur le rôle des communes, p. 256

«L'absence de culture urbaine est ainsi l'obstacle le plus sérieux à un reconnaissance des villes dans ce pays, condition essentielle pour élaborer et pratiquer une politique fédérale de la ville à la mesure des problèmes de vie quotidienne posés à la grande majorité de la population.»
Le boulevard Helvétique Ch.2 en «Villes de crise ou crise des villes». Fonds national de la recherche scientifique, 2000-2003, p. 278

«Il n'est pas question ici de prôner l'Etat contre la commune au nom de la ville, mais d'exprimer que le développement de la démocratie locale ne peut se faire sans progression parallèle de la démocratie centrale.»
Le boulevard Helvétique. Rapport Fonds national de la recherche scientifique, 2000-2003 cité plus haut, p. 316 

«Genève, La commune échelon de trop.»
Domaine Public, No. 1652, 1 juillet 2005, p. 372

«Le syndicalisme n'est révolutionnaire que dans la mesure où il existe une possibilité grammaticale d'accoupler les deux expressions.»
Antonio Gramsci, philosophe italien antifasciste et antistalinien. In revue socialiste «Ordine Nuovo», 8 novembre 1919, p.16

«Le syndicat ne doit pas être un îlot de privilège dans un océan de précarité.»
Murad Akinçilar. Proposition de prise de position interne au syndicat UNIA, qu'il avait écrite en travaillant avec Daniel sur des questions touchant au rôle du syndicat face au chômage, au travail précaire et aux «sans-emplois».

«Les artistes sont des sentinelles postées aux frontières de notre monde et de notre société. Ils nous avertissent de notre histoire et de notre présent.»
Préface, p. 26

Ont contribué à la réalisation de cet ouvrage et au recueil des citations : Louis Cornut, Blaise Crouzier, Jan Doret, Jean-Noël Du Pasquier, Céline Marco, Michèle Marco, Denis Matthey, Cyrus Mechkat, Claude Raffestin, Raymond Schaffert, Nicole Valiquer. 

Références

DANIEL MARCO. ESPACE URBAIN ET SOCIÉTÉ. ÉCRITS 1970-2009
Association Daniel Marco et Editions d’En Bas, Lausanne, 2017 / CHF 35.–
Ce livre a été présenté en avant-première au Salon du livre de Paris (24-27 mars 2017) par l’éditeur. Il sera également présenté et vendu au Salon du livre de Genève du 26-30 avril 2017. 

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